7 : ALLONGEMENT (1 FEMURS), HOMME, 31 ANS, +60 mm

Ca y est ! Je prends place dans le TGV Marseille - Lille de 13h40 qui me ramène chez moi dans le Nord en ce samedi 13 septembre 2008 ! Ma cuisse droite est encore un peu douloureuse, un peu raide aussi mais rien de bien méchant. Il est vrai qu’hier, le Docteur Guichet a retiré le clou d’allongement fémoral qu’il m’avait mis en avril 2007.

Je m’installe confortablement dans mon fauteuil, je sors mon ordinateur portable afin de partager avec vous les raisons qui m’ont poussé à subir un allongement fémoral d’une part et comment s’est déroulée mon expérience avec le docteur Guichet d’autre part. En effet, il est très difficile d’obtenir des informations fiables sur ce type d’interventions dans la mesure où la plupart des chirurgiens qui les pratiquent vous diront qu’ils sont les meilleurs et qu’on peut lire tout et son contraire sur Internet…

La fracture

Tout a commencé le 20 mars 1990, alors que je venais de fêter mon quatorzième anniversaire, je me suis cassé le fémur droit lors d’une chute en skateboard. J’ai été opéré le lendemain à l’hôpital de Périgueux. L’opération consistait en placer un clou dans le canal centromédullaire du fémur. Malheureusement, l’opération qui ne présentait pourtant aucune difficulté n’a pas été une réussite : en effet, deux problèmes en ont résulté. Le premier est une rotation interne de la partie inférieure de ma jambe. Ayant constaté cela, j’ai demandé à être transférer dans un autre hôpital, où un autre chirurgien a repositionné ma jambe dans le bon axe. Merci à lui !
Le second problème est que lors de l’opération initiale, le cartilage de croissance situé au dessus du genou a été endommagé. La conséquence fût simple : alors âgé de 14 ans, en pleine croissance, mon fémur droit a grandi moins vite que le gauche. A la fin de ma croissance, vers l’âge de 20 ans, j’avais une différence de longueur d’un peu plus de 5 cm entre les deux jambes que je compensais autant que possible à l’aide d’une talonnette (3cm) à l’intérieur de ma chaussure.

La résignation

A cette époque, j’ai consulté plusieurs chirurgiens orthopédique afin de savoir ce qu’il était possible d’envisager pour rétablir l’égalité de longueur entre mes deux fémurs. Les réponses qui m’ont été apportées ne m’ont pas vraiment enthousiasmé : le premier proposait de raccourcir la jambe gauche ! Ne mesurant qu’1m72, je ne me voyais pas perdre 5cm… Le second chirurgien m’a expliqué qu’il existait bien une technique par fixateurs externes (Ilizarov) qui était employé chez les personnes de petite taille. Cette technique était risquée, douloureuse et je ne récupérerai certainement pas 100% de ma mobilité au niveau de ma jambe droite, sans parler des multiples risques d’infections. Le chirurgien finit par conclure que cette opération n’était proposé qu’à des patients présentant plus de 7 cm d’inégalité et que dans mon cas, il serait plus raisonnable de compenser par une talonnette, voire une chaussure orthopédique faite sur mesure.

Vu sous cet angle, j’ai décidé de suivre son conseil. En effet, étant très sportif, je ne voyais pas prendre de tels risques. J’ai donc continué de porter ma talonnette. Cependant, c’était plutôt gênant à plusieurs titres :

  • la dite talonnette ne mesurant que 3cm, il manquait 2 cm à compenser, ce qui engendrait une scoliose qui pourrait avoir des conséquences importantes avec le temps.
  • Ensuite, cela m’obligeait à ne porter que des baskets car la talonnette ne rentrait pas dans des chaussures de ville, ce qui était gênant alors j’entrais sur le marché du travail après mon école de commerce.
  • Enfin, être pieds nus était inesthétique et inconfortable au possible. Adieu les tongs sur la plage en été…

  • Qui cherche trouve !

    En 2004, alors que mon travail chez Décathlon m’avait conduit jusqu’à La Rochelle, je me suis demandé si les techniques chirurgicales n’avaient pas progressé après ces quelques années écoulées et j’ai donc entrepris des recherches sur internet. Je suis rapidement tombé sur le site du Docteur Guichet qui m’a particulièrement intéressé car il exposait une technique d’allongement par clou centromédullaire totalement interne et les témoignages présents sur le site m’ont donné envie d’en savoir plus.

    J’ai donc pris rendez-vous avec le Docteur Jean-Marc Guichet en juillet 2005 qui m’a expliqué en quoi consistait sa technique, les cliquetages, les pré requis, les contraintes diverses, etc… ensuite, j’ai pu rencontrer plusieurs patients en cours d’allongement dont un jeune New-Yorkais de 20 ans qui en était à plus de 8 cm gagnés sur les 2 fémurs. Je pense que c’est la discussion que j’ai eu avec ce jeune patient qui m’a réellement convaincu de la compétence du docteur Guichet et de la fiabilité de sa technique. Cependant, j’ai également compris que la réussite d’une telle opération repose en grande partie sur la préparation et la détermination du patient. C’est essentiel ! Avant l’allongement, il faut s’entrainer pour gagner du volume musculaire. Durant l’allongement, il faut rester à proximité du chirurgien (à l’hôtel si comme moi on habite à l’autre bout du pays) pour que le docteur Guichet s’assure que les cliquetages sont correctement faits et intervenir en cas de difficulté, suivre un protocole d’exercices de musculation et d’étirements rigoureux.

    La date était donc fixée : le 18 avril 2007, je me ferais opérer. D’ici là, je m’entraine 2 fois par semaine dans une salle de musculation suivi par un coach avec un programme spécifique. Je dois gagner de la puissance et du volume musculaire.

    Jour J

    L’opération s’est très bien déroulée, le chirurgien ne s’est pas trompé de jambe (rires) !! Le réveil n’est pas douloureux dans la mesure où l’anesthésiste cumule une anesthésie générale et une péridurale qui permet l’injection d’anti douleurs à la demande après le réveil. Le docteur Guichet passe me voir dans la chambre pour m’expliquer comment s’est passé l’opération et me montrer comment faire les cliquetages. Le jour même, le kiné passe dans ma chambre avec un vélo d’appartement : 20 mn de vélo !

    Les cliquetages

    Ce n’est normalement pas douloureux si on parvient à être parfaitement décontracté musculairement. Je devais faire 7 cliquetages, 3 fois par jour (gain 1.5 mm) puis diminuer à 15/jour. Je n’ai pas compris de suite comment faire les cliquetages seuls. J’ai alors eu des difficultés à cliquer certains moments. J’ai dû appeler le docteur Guichet à plusieurs reprises pour qu’il passe à mon hôtel pour m’aider. Il a d’ailleurs fait preuve d’une grande disponibilité à ce moment là. Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas, ma calcification était très rapide. J’ai donc eu de grandes difficultés à cliquer au bout d’une vingtaine de jours. Le cliquetage devenait très difficile et douloureux et psychologiquement c’était éprouvant. Finalement, le docteur a décidé de me faire un grand nombre de cliquetages sous anesthésie générale. Le 11 mai, je suis donc retourné à l’hôpital pour cette anesthésie. Le docteur m’a fait 75 clics soit un allongement de 5mm d’un coup. Autant dire que le réveil a été rude. Néanmoins, dès le soir, j’ai pu cliquer très facilement sans aucune douleur en laissant ma jambe se décontracter lentement. Je n’ai plus eu aucune difficulté pour cliquer jusqu’à la fin de mon allongement.

    Les exercices

    Durant la phase d’allongement, il est primordial de bien suivre le protocole d’exercice préconisé par le chirurgien qui est très complet et requière beaucoup de motivation. Certaines personnes peu sportives peuvent souhaiter être suivies par un coach personnel. J’ai pris un abonnement à une salle de sport proche de mon hôtel où j’allais faire mes 2 heures de vélo d’appartement quotidiennes. Je recommande le lecteur MP3 car c’est un peu monotone ! Dans mon hôtel, il y avait une piscine où j’allais nager tous les jours, c’était plutôt agréable. Enfin, comme mon allongement ne concernait qu’une seule jambe, j’étais suffisamment mobile pour prendre le bus jusqu’à la plage du Prado et me baigner.

    Le retour

    Après un mois et demi passait à Marseille pour mon allongement, j’ai enfin pu rentrer chez moi début juin. Une fois l’allongement terminé, il faut laisser le temps à l’os de se solidifier. J’ai marché avec une seule béquille pendant 10 jours environ puis sans béquille. Pendant l’été, j’ai continué les exercices d’assouplissement, la musculation, l’électrostimulation, la natation. 6 mois après l’opération et une radiographie de contrôle, j’ai repris tous les sports (course à pied, skateboard, VTT sans aucune difficulté. La présence de la broche entraine simplement une légère gêne au niveau de la fesse dans certaines positions. Entre temps j’ai déménagé sur Lille et me voici dans le train du retour après l’ablation du matériel qui s’est très bien passé.

    Conclusion

    Mon premier constat est qu’il est malheureusement difficile d’obtenir des renseignements fiables sur ce type d’opération et c’est la raison qui me pousse à témoigner de mon expérience. Il est vrai que la plupart des patients que j’ai fréquentés durant mon allongement venait pour des allongements bilatéraux (esthétiques) qui impliquent un investissement personnel et financier considérable. Je précise que dans le cas d’un allongement unilatéral, l’intervention est prise en charge par la sécurité sociale et la mutuelle (en fonction des contrats).

    En ce qui me concerne, tout c’est très bien passé. Le résultat est vraiment à la hauteur de mes espérances et je pense également avoir beaucoup appris sur moi-même durant cette expérience.. Néanmoins je le répète, la réussite de ce type d’intervention est fortement conditionnée par l’implication du patient et sa détermination au niveau de la phase de préparation ainsi que durant la période de cliquetage pour suivre rigoureusement les exercices d’étirement et de musculation.

    Je tiens à remercier le Docteur Jean-Marc Guichet pour la qualité de son travail et son professionnalisme.